4A L'homme à l'enfant (bleu), 1970 Toile, 195 x 130 cm Collection particuliére 45 L'homme à l'enfant endormi (rose), 1970 Toile, 130 x 162 cm 46 L'homme à l'enfant (jaune-rouge), 1970 Toile, 130 x 195 cm 47 L'homme à l'enfant (blanc), 1970 Toile, 195 x 130 cm Collection particulière 48 Nu rouge, 1972 Toile, 130 x 195 cm Collection particuliere 49 Nu, 1972 Toile, 195 x 260 cm AQUARELLES ET DESSINS 50 Combat de coas (au grillage noir), 1959 Aquarelle, 58 x 78 cm 51 Le coq vainqueur, 1959 Aquarelle, 58 x 78 cm 52 Le tronc d’olivier, 1961 Lavis, 51 x 66 cm 57 Le cheval mort, 1968 Lavis, 48 x 73,5 cm 58 Les seigneurs de la guerre (têtes bleues), 1968 Gouache et crayon, 44 x 73 cm 59 Les seigneurs de la guerre, 1969 Lavis, 37 x 73cm 60 Les seigneurs de la guerre, 1969 Crayon, 55 x 73,5 cm 53 Le tronc d’olivier, 1963 Aquarelle, 58 x 78 cm 54 Le bouquet de plongeurs, 1966 Aquarelle, 58 x 78 cm 55 Plongeurs à la vague, 1966 Gouache, 55 x 75,5 cm 56 Les seigneurs de la guerre (bleu-rouge), 1968 Aquarelle, 54 x 73,5 cm 61 L'homme à l'enfant (rouge-jaune-noir), 1970 Gouache et crayon, 61 x 49 cm 62 Tête de guerrier (rose-noir), 1970 Aquarelle, 57,5 x 78 cm 63 Le guerrier (jaune et brun), 1970 Aquarelle, 58 x 77,5 cm 64 Parasols au nu rose Gouache, 57 x 78 cm qu'il exécutera bientót à Argenteuil, à Marseille, n'est-ce pas toujours la méme symphonie virile, la méme vision transcendante d'un victorieux panthéisme où tous les régnes s'accordent, s'unissent dans une lutte acharnée, vigoureuse, pour le bonheur. AT Puis, selon son habitude, l’emportement et le tumulte ont depuis un an cede la place à l'épanouissement charnel, à la sourde vibration des roux, des ocres, de toute la gamme souriante des terres, à la paisible sensualité des courbes qui s'enchainent sans fin entre les corps, la mer, la terre ou les nuages, dans des toiles d'une remarquable maitrise picturale. Peu importe en vérité une période ou une autre puisqu'il y a chez Pignon une admirable continuité, un effort discipliné, tenace pour magnifier les pulsations mémes de la vie, leur restituer au mieux chaleur et noblesse qui s'inscrivent d'emblée selon une monumentale ampleur. Dans le parcours succinct que vous avez sous les yeux, chers amis visiteurs, d'une existence d'artiste, commencée voici quarante ans et vouée à un labeur forcené, vous re- connaîtrez le signe complice du destin pour marquer la grandeur de notre temps et la volonté affirmée de l’homme de le dépasser sans cesse afin d’assurer la pleine victoire de l’esprit autant que des richesses intuitives, face aux dures contingences quotidiennes. Gaston DIEHL a connue dés l'áge de quinze ans et à laquelle il semblait lié par tradition familiale. Au départ rien ne lui a été donné, sinon par atavisme, cette énergie, cette opiniátreté, ce sentiment de dignité et de confiante espérance qui fondent en soi l'admiration que nous portons chez lui à l’homme même. Il lui a fallu tout conquérir de haute lutte, par un labeur solitaire, obstiné, franchir pas à pas les étapes d’une difficile initiation artistique par les cours du soir, la confrontation avac les chefs-d’oeuvre des musées, l’insertion dans son époque et dans les milieux parisiens; acquérir enfin la somme de connaissances qui lui faisait cruellement défaut. La réussite qu'il obtient au bout de combien d'années d'efforts incessants, il la doit autant à ses dons exceptionnels qu'à sa persévérance pour répondre à une vocation impéra- tive, enfin aux amitiés qu'il a su nouer, telle celle de Picasso toujours prét à l'encourager. L'assurance, l'autorité qui émanent de lui, n'ont rien de factice ou d'emprunté, elles procédent de sa puissante personnalité, elles résultent aussi du sentiment de la táche ac- complie à souhait, par un homme respectueux et amoureux du métier qu'il a choisi. Il s'en explique d'ailleurs avec une aisance extréme et parle avec brio, dans des termes d'une indéniable sincérité, de tous les problémes plastiques qui le passionnent, sans jamais chercher à forcer l'adhésion de quiconque. De méme, ni les préoccupations sociales qui l'animent en permanence, ni ses prises de position, n'aliénent le parti esthétique qu'il adopte tour à tour. Plutót que de vouloir imposer ses convictions, il donne la préférence à cette profonde tendresse humaine qui illumine ses toiles. L’oeuvre qu'il a élaboré est indissociable de celui qui l'a engendré et à son image méme. C'est une création sans cesse reprise et amplifiée, authentique, ouverte, généreuse, embras- sant à plein corps les multiples aspects de la vie, les etreignant solidement pour mieux les définir. Je la comparerais volontiers à un arbre dont le tronc se renforce, s'accroit réguliére- ment, dont les ramures se développent et s'élargissent, dont les racines gagnent en profon- deur; un arbre qui se dresse puissamment solitaire, faisant face aux vents contraires qui l'enveloppent souvent avec violence. Car, par un paradoxe inattendu que Raoul-Jean Moulin a mis en valeur, cet oeuvre en constante évolution échappe aux contraintes du moment, ignore les tentations de la mode ou les ralliements intéressés et apparait fréquemment détaché, isolé du contexte qui l'entoure et à maintes reprises en totale opposition avec les courants predominants. Dés avant la guerre oü le Surréalisme, les événements de plus en plus menagants, exer- caient leur ascendant, Pignon demande déjà au réel l'onde de choc, le stimulant émotif dont il éprouve l'impérieux besoin, füt-ce à travers le souvenir, pour le transposer en fonction d'un heureux lyrisme qui déferle en lui avec une singuliére vigueur. Contrairement à la plupart Fr. m ln ei d hg "E Pignon en 1974 «Que les formes qu'il crée défilent en une course ascendante ou qu'une puissante joie, face à nous, révére la femme et le paysage, l'àme de Pignon ne cesse de s'élancer et de ray- onner: le génie de l'enfance a débouché intact dans celui de la maturité, et il aide, oui, à notre regard intérieur pour veiller sur le meilleur de nous-mémes.» Jean Vauthier, preface à l'exposition au Théátre du VIIIe à Lyon 1970 «Il cherche ä faire de celui qui regarde sa peinture le participant essentiel d’une oeuvre en mouvement et toujours à découvrir, qui prend sens avec lui et par lui, qui éveille au plus profond de sa nuit son pouvoir d'initiative. Il cherche à nous intégrer à ses rapports de création.» R.J. Moulin, Pignon, Bibliopus, Ed. Georges Fall, Paris 1970 PEINTURES Sauf indication contraire, toutes les oeuvres exposées ont été prétées par l'artiste L’ouvrier mort, 1936 Toile, 155 x 180 cm La toilette, 1939-40 Toile, 131 x 162 cm Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris Les remmailleuses de filets, 1946 Toile, 170 x 200 cm Collection particuliere Les deux mineurs, 1948 Toile, 195 x 130 cm Collection Mme Vermersch-Thorez JA Grand Ostende gris, 1952 Toile, 198 x 290 cm t L’ouvrier mort, 1952 Toile, 240 x 300 cm Le grand Ostende, 1952-53 Toile, 225 x 282 cm 3 Le nu à l’olivier, 1953 Toile, 130 x 195 cm La colline brûlée, 1953 Toile, 130 x 195 cm Collection particulière 10 Le nu rouge, 1953-54 Toile, 120 x 120 cm Collection Mme J. Haas, Paris 11 La grande maternite, 1952-55 Toile, 190 x 215 cm 12 Le paysan accroupi, 1954-55 Toile, 120 x 245 cm Collection particuliere 13 Grand olivier mort sur fond bleu, 1957 Toile, 180 x 260 cm Collection J.-M. Metayer, Paris 14 Paysage noir et blanc, 1957 Dessin maroufle, 137 x 194 cm 15 Paysage ocre, 1957 Toile, 137 x 194 cm 16 La colline de Bandol, 1958 Toile, 195 x 260 cm Collection particuliere 17 La colline aux sillons, 1958 Toile, 140 x 195 cm Collection particuliere 18 Le viaduc de Bandol, 1958 Toile, 195 x 130 cm Collection Galerie de France, Paris 19 Le tronc d’olivier, 1958 Toile, 195 x 260 cm Collection J.-M. Métayer, Paris 20 Combat de coqs rouges, 1959 Toile, 140 x 195 cm 21 Combat de coqs rouge et noir, 1959 Toile, 130 x 162 cm Collection particuliére ex 4 Ks Va 5 DS ao TU d P er Lr "i | # % Mar d ^] d à X B » | t 1 Mis = of X r Ye = re Le grand Ostende, 1952-1955 Le Musée de l'État exprime sa vive gratitude à tous les préteurs, notamment à M. et à Mme Edouard Pignon, au Musée National d'Art Moderne, au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris ainsi qu'à la Galerie de France. Il re- mercie vivement aussi toutes les autorités françaises qui l’ont aidé à réaliser cette manifestation, en particulier l’Association Française d’Action Artistique, M. Robert Luc, Ambassadeur de France au Luxembourg, et M. Ar- mand Roth, Conseiller culturel à 'Ambassade de France au Luxembourg. Enfin, il adresse ses remerciements à la Galerie de France pour le concours qu'elle lui a généreu- sement apporté lors de l'édition de ce catalogue. 1961-1962 Thème des combats de coqs, violence, fureur. Expositions à Metz, Luxembourg, Nantes, New York. 1963-1964 Exposition à Amsterdam. Fresqu: de 14 m à G:nholac sur les batailles. Thème exposé à Lucerne, Milan, Genève. Dynamisme semblable dans ses plongeurs. 1965-1966 Expositions à Namur, Lille, Charleroi. Grande rétrospective au Musée National d'Art Moderne. Publie «La quéte de la réalité». 1968-1969 Têtes de guerrier — Seigneurs de la guerre. Céramiquz-sculpture de 49 m x 9m au Centre Culturel d’Argenteuil, terminée en 1970. 1970 1972 Expositions à Lyon, à Paris au Musée Galliéra. Céramique monumentale à Lille. Achéve le relief polychrome de 28 m sur 9 m à l'École des Beaux-Arts de Mar- seille. Début des grands nus. BIBLIOGRAPHIE Pignon par Henri LEFEBVRE, Collection le Musée de Poche, Édition Fall, Paris 1956. Pignon, battages et pousseurs de ble, entretien entre Pignon et Georges BOUDAILLE, Édition Cercle d'Art, Paris 1962 La quete de la realite, par E. Pignon (propos recueillis au magnetophone par Jean-Louis FERRIER), Édition Gonthier, Paris 1966 Pignon par R.-J. MOULIN et Andre CALLES, Bibliopus, Edition Fall, Paris 1970 Contre-courant par E. Pignon (propos recueillis au magnétophone par Jean-Louis FER- RIER), Éditions Stock, Paris 1974 22 Combat de cogs aux figures, 1959 Toile, 130 x 162 cm 23 Combat de coqs noir et blanc, 1959 Toile, 130 x 162 cm Collection particuliére 7 Combat de coqs, 1960 Toile, 195 x 260 cm Musée National d'Art Moderne, Paris 25 Battage à la paille jaune, 1961 Toile, 130 x 162 cm 26 Les pousseurs de ble, 1961 Toile, 140 x 195 cm Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris 27 Battage bleu et rouge, 1962 Toile, 130 x 162 cm 28 La moisson-guerre, 1962 Toile, 180 x 260 cm 2 fA Les’grands pousseurs de ble, 1962 Toile, 185 x 260 cm Musée National d'Art Moderne, Paris 30 Bataille bleue, 1963-64 Toile, 225 x 290 cm Collection particuliere 31 La grande bataille, 1963-64 Toile, 225 x 310 cm 32 La grande bataille, 1963-64 Toile, 225 x 310 cm 33 Le grand bouquet de pieds, 1965 Toile, 260 x 180 cm Collection particuliere 34 Les grands plongeurs rouges et bleus, 1965-66 Toile, 190 x 260 cm 35 Les plongeurs blancs, 1965-66 Toile, 190 x 260 cm Collection particuliere 36 Les seigneurs de la guerre, 1967-68 Toile, 180 x 360 cm 37 Les seigneurs de la guerre, 1968-69 Toile, 185 x 350 cm Collection particuliére 38 Les seigneurs de la guerre, 1968-69 Toile, 150 x 300 cm 39 L’homme de guerre, 1967-69 Toile, 195 x 260 cm Collection particuliere 40 Téte de guerrier (rouge-vert), 1970 Toile, 130 x 195 cm Collection particuliére 41 Le guerrier angoisse, 1970 Toile, 130 x 162 cm 42 Téte de guerrier (jaune-vert), 1970 Toile, 130 x 162 cm A A 3 Le grand homme à l'enfant, 1970 Toile, 195 x 282 cm Collection particuliére Une étroite amitié nous lie désormais et chaque projet nous rapproche davantage: l'exposition «Douze peintres d'aujourd'hui» que je présente en février 1943 à la Galerie de France oü il est au premier rang aux cótés de notre cher Villon; l'élaboration patiente — motif d'espoir pour nous tous durant cette lugubre période — du Salon de Mai qui nous unira chaque année dans un fraternel labeur depuis la Libération jusqu'à maintenant; enfin la préparation retardée par les événements, de mon ouvrage paru en 1945 «Les problémes de la peinture» où, selon mes voeux, il occupe aux yeux de tous la place majeure. Qu'il n'y ait pas d'équivoque à ce propos. Je n'ai fait qu'enregistrer une montée specta- culaire qu'il a su effectuer, déjà dans la plus entiére solitude, en s'affirmant aux divers Salons d'Automne, dans l'album et la présentation de «Cinq peintres» à Paris en 1944, lors de la manifestation de groupe au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1945 et, mieux encore, avec son exposition particuliére à la Galerie de France en 1946. Il a si pleinement conscience de l'objet de sa recherche qu'il en définit avec pertinence, avec lucidité, le sens et la portée dans un texte redigé à mon intention au début de 1944 oü sa conclusion méme, malgré les affres de la guerre, anticipe magistralement avec con- fiance sur la voie qu'il allait désormais faire sienne. On peut en juger par les quelques lignes suivantes d'une indéniable valeur prophétique: «Une grande partie de l'effort actuel va créer un échange constant, un mouvement de va-et-vient entre tous les éléments du tableau, comme un dialogue qui en accentue l'ex- pression, faisant que, gonflées de réalités perçues à différents instants, à différents niveaux et condensées dans la toile, toutes les parties se répondent ... La conquéte progressive de l'espace coloré permettra, peut-étre un jour, à la peinture, depuis des siécles délice d'amateurs privilégiés, de redevenir jouissance collective ... La jeune peinture ne veut pas un divorce entre ses créations et le réel, entre l'artiste et le monde, mais au contraire leur communion et l'exaltation de la réalité dont elle aspire à condenser le drame.» Dans le modeste et vétuste atelier de la rue du Moulin Vert oü il vécut plusieurs années, dans celui plus vaste de la rue des Plantes qu'il occupe depuis longtemps, j'ai souvent revu Pignon, toujours aussi fidéle à son choix d'antan, à son éthique, à ses amitiés, à ce chant profond de l'existence qui coule de source en lui. Sa générosité fonciére l'éloigne de tout calcul comme de tout compromis. La richesse de sa nature l'entraine dans un irrésistible élan au sein duquel l'optimisme n'a cessé de l'emporter sans conteste. Pourtant que de sacrifices consentis, que d'obstacles surmontés pour détourner le cours fatal des choses, pour s'opposer au destin, pour sortir de la condition de mineur qu'il no) EDOUARD PIGNON de ses camarades, il n’hésite pas à recourir à la leçon oubliée de Cézanne ou des Cubistes pour ordonner ses formes, les organiser dans l’espace. Par la suite, il ne néglige aucune acquisition possible, ni la touche fougueuse des grands Anciens, ni les aplats souverains et les sonores orchestrations colorées de Matisse, pour entonner ce chant altier, confiant qui s'éléve en lui aux pires heures de l'occupation, alors qu'il affrontait au sein de la Résis- tance des risques dramatiques. Aprés la Libération, à l'exemple de Picasso qu'il rencontre davantage et auquel il se lie d’une étroite amitié, le ton devient plus grave, en résonanc? avec les dures conditions d'existence des remmailleuses de filet de Collioure ou en 1948 des mineurs de son pays natal. Scn graphisme plus noueux, plus incisif, fróle parfois une tension expressionniste; c'est-à- dire la distance qui le sépare des deux antagonismes alors en vogue: Réalisme et Abstraction, qui, à défaut d'obtenir une concession de sa part, se disputent l'honneur de l'injurier. Comme le va-et-vient mouvant de la vie, la série des pécheurs d'Ostende lui apporte au méme moment un autre souffle, un apaisement, avec la houle majestueuse des rythmes balancés, entrelacés et les subtils accords des douces, des fraîches tonalités de la Mer du Nord. Un vaste univers s’offre, accueillant au regard du spectateur et l’invite à s’y promener avec quiétude au milieu des gestes humains quotidiens. Peu après, dans les années 50, le Midi des vignerons et des oliviers s'impose, plus farouche, plus nerveux, découpé davantag: dans la lumière, plus direct aussi par les angles de vue rapprochés, le coloris plus intense. Dans la fournaise estivale de la campagne romaine et les tourbillons de poussiére dorée des battages, comme dans les fiévreux et virulents combats de coqs de Marles-les-Mines, il se découvre une passion nouvelle, dévorante, pour le mouvement, pour les couleurs jaillis- santes, pour l'exaltation du flux méme de la vie dans son déchainement superbe. Les deux thémes, qu'il expose en 1960 et 1962, finissent bientót par se rejoindre dans les scénes de bataille, grandioses, remplies de clameurs et de fureur conquérante, mais dont le joyeux baroquisme n’a rien de terrifiant. La série des plongeurs, avec ses froides mais chantantes harmonies qu’il mène parallèlement, par la suite celles plus bestiale des têtes de guerrier ou plus ironique des seigneurs de la guerre, démontrent bien que si notre artiste cède à l'esprit de violence de l'époque, il entend faire triompher, selon son tempérament, la rayon- nante puissance de l'énergie des hommes. Ces gerbes élancées, ce fantastique ballet de formes enchevétrées qu'il nous offre, restituent au mieux le choc violent de la multitude des sensations qu'il parvient à orchestrer selon leur fascinant déploiement de force. Cette quéte de la réalité qu'il définit alors clairement à Jean-Louis Ferrier et qu'il n'a cessé de poursuivre dans ses peintures, ses decors de theätre ou ses reliefs monumentaux CRITIQUES SUR PIGNON «Pignon met fin au culte de l'art pour l'art. L'idée exprimée par l'image est le prin- cipal moteur de son travail. Ses formes transmettent des sensations de vie. Ses arbres tordus sont des figures humaines. Leurs noeuds sont des bras d'hommes. Pignon humanise le milieu naturel. Son art n'est pas un jeu. C'est une dramaturgie.» Waldemar George «Pignon est un peintre révolutionnaire au sens le plus profond du mot; il contribue à transformer révolutionnairement l'art de peindre, en tant que cet art exprime la réalité humaine et sociale, et qu’il répercute en les éclairant ses transformations essentielles; il cherche à assimiler et à exposer dialectiquement l’expérience, la vie, la maîtrise de la nature et la connaissance de la réalité sociale.» Henri Lefebvre, Pignon, Collection le Musée de Poche, 1956 «. .aujourd’hui comme hier, Pignon reste accordé à ce dynamisme de la vie, dont il a peut-étre méme dorénavant une expérience plus vaste, plus profonde, plus généreuse: que l'on pense à ses voiles gonflées par le vent, à ses oliviers dont la pérennité s'accorde avec la perpétuité des couchers de soleil, à ses nus frémissants, éternels, élevés, comme ceux de Renoir, à la dignité de mythes.» Bernard Dorival, Les peintres du XXe siécle, Paris 1957 «Pignon n’est rien moins qu’un contemplatif. Il ne se laisse jamais engloutir dans l’immensité, vague et diffuse de l’univers. Il y choisit ce qui lui convient. Et ce qui lui convient, c’est surtout le mouvement: les torsions convulsives de l’olivier, le glissement du ciel entre les branches, les ondulations des collines, les poussées exubérantes de la terre en gésine.» Frank Elgar «J'aime cette lenteur. Pignon ne se háte pas. Il étudie les choses patiemment, mais à fond; il fait des centaines de dessins, il faut qu'il ait tout vu, tout enregistré pour n'en retenir enfin que l'essentiel, le plus significatif.» Georges Boudaille, Battages et pousseurs de ble, Edition Cercle d’Art, Paris 1962 COMITE D’HONNEUR M. Gaston THORN, Ministre des Affaires Etrangeres M. Jacques SANTER, Secretaire d’Etat aux Affaires Culturelles M. Camille DUMONT, Ambassadeur du Luxembourg en France COMITE D’ORGANISATION M. Pierre WURTH, Secrétaire général des Affaires Étrangères M. Edouard PROBST, Premier Conseiller de Gouvernement, Departement des Affaires Culturelles M. Paul HELMINGER, Conseiller de Legation au Ministere des Affaires Etrangeres (Ques- tions culturelles) M. Gérard THILL, Directeur des Musées de l'État M. Norbert WEBER, Directeur des Relations culturelles COMMISSAIRE ARTISTIQUE M. Joseph-Emile MULLER, chef du Service des Beaux-Arts aux Musées de l’État Ta MESS pr | | i L 3 Od E. ^ per y = ^J io ». yd F E A E d. Hs ES. I Lo c k a IM EDOUAR D PIGNON 7% 127% Imprimerie Saint-Paul, société anonyme, Luxembourg * Y “% 7A TL à. "o 5 n Pr Les remmailleuses de filets, 1946 ETUDES POUR LES NUS 65 Etude pour les nus, 1971 Gouache, 58 x 77 cm ax 3 66 Étude pour les nus, 1972 Gouache, 58 x 77 cm 67 Etude pour les nus, 1972 Gouache, 58 x 77 cm 71 Etude pour les nus, 1972 Crayon, 48 x 73,5 cm 72 Étude pour les nus, 1973 Aquarelle, 49,5 x 35 cm 73 Étude pour les nus, 1973 Aquarelle, 49,5 x 35 cm 74 Étude pour les nus, 1973 Aquarelle, 49,5 x 35 cm 68 Étude pour les nus, 1970 Crayon, 48 x 73,5 cm 75 Etude pour les nus, 1973 Aquarelle, 49 x 35 cm 69 Étude pour les nus, 1970 Crayon, 48 x 73,5 cm 70 Étude pour les nus, 1972 Crayon, 48 x 73,5 cm 76 Étude pour les nus, 1973 Aquarelle, 49 x 35 cm 77 Étude pour les nus, 1973 Aquarelle, 49 x 35 cm MAQUETTES DE THEATRE 78 Costumes (3) pour «Sheherazade» de Supervielle monte en Avignon par Jean Vilar en 1948 79 Costume de «Mère Courage» de Brecht monté par Jean Vilar en 1951 81 Costume de «Le Malade Imaginaire» de Molière monté par Daniel Sorano en 1956 au TNP 82 Costumes (4) pour «Renard» de Stravinsky, au Théatre de la Ville (1972) par le Ballet-Théátre Contemporain 30 Costume de «La Nouvelle Mandragore» de Jean Vauthier monte par Gerard Philipe en 1952 au TNP ». 24 A AREE L'ouvrier. mort, 1936 BIOGRAPHIE 1905 1920-1925 Le 12 février naissance d'Edouard Pignon à Bully (Pas-de-Calais), non loin de Marles-les-Mines oü cette famille de mineurs vit depuis trois siécles. Certificat d'études. A quinze ans travaille comme galibot dans la mine. Préfère bientôt le bâtiment, devient cimentier-plafonneur. Dessine les portiaits de ses proches. Lectures, cours par correspondance. Te 1925-1927 Service militaire dans l'aviation en Syrie. 1927-1932 Ouvrier à Paris chez Citroén, Farman, Renault. Réalise pourtant ses désirs: cours du soir de peinture avec Auclair, de sculpture avec Wlérick et Arnold; connait Dayez. Université ouvriére. 1932-1934 Retoucheur de photos, figurant, mais commence à exposer: Indépendants, A.E.A.R., Galerie Billiet. 1935-1937 Situation critique. Engagé comme lithographe par le pére de Dayez. Peut se consacrer davantage à la peinture. Salon du Temps présent. Exposition au Théátre de l'Alhambra. 1938-1939 Metteur en page à «Regards». Nombreuses manifestations. Article de Lhote. Exposition individuelle rue d'Anjou. 1941-1945 1946 Epoque constructive et coloree. Nombreuses participations: Vingt peintres Galerie Braun, Galeries Friedland, de France, Salon d’Automne, Salon de Mai qu'il aide à fonder. Eté à Collioure, hiver à Ostende. Série au graphisme trés accusé: Les Catalanes. 1947-1949 Epoque d’Ostende, tonalites adoucies, rythmes suggestifs. Séjour à Marles. toiles monumentales sur les mineurs. Exposition des deux themes. 1950-1951 Été à Sanary. Début époque des oliviers, des vendanges. Épanouissement. Tra- vaille chez Picasso à Vallauris. Prix du Musée de la Biennale de Sáo Paulo. 1952 ke «L'ouvrier mort» au Salon de Mai et à la Galerie de France. 1953-1954 Céramiques réalisées à Vallauris, puis exposées à la Maison de la Pensée Fran- çaise. 1955-1956 Theme des repiqueurs de jasmin, des électriciens. Nombreux décors de théátre pour Vilar, depuis 1948 à Avignon, par la suite au T.N.P. à Paris. 1958-1959 Céramique monumentale à l'exposition internationale de Bruxelles (pavillon de Paris): Théme des troncs d'oliviers. Séjour à Filacciano, début des pousseurs de blé, déchainement. Exposition à New York, Biennale Venise. La grande bataille, 1968 La grande maternite, 1952-1955 A E " PL DN d SE v 1 da. di. 2 5, AX AN. "m BO EN f a «d te MS. ac. Sa Do he” Ms, EL 1 À . 1 " . AE A X T pg 2 I 1 P" CA n ilt [T ^» Dia, ^m Le nu à Polivier, 1953 Les plongeurs multicolores, 1966 TEXTES DE PIGNON «Lorsque j'étais dans le Midi, aux environs de 1952, je me disais toujours: il faut retrouver un espace. Quand on l'aura retrouvé, on pourra y mettre tout ce que l'on voudra... Je continuais à réver de cet espace oü faire entrer des formes chargées de vie. Et je me suis mis à prendre mes thémes directement dans la nature, des hommes dans les champs, des paysages avec des collines qui se dessinaient sur le ciel, tout ce travail qui allait me conduire aux oliviers... . . . Dés que j'ai eu la sensation qu'il fallait détruire la distance entre le spectateur et le spectacle, je me suis moi-même situé dans le spectacle. Il fallait presque que je sois, pour travailler, dans l’olivier. Dans un tronc.» La quéte de la réalité, p. 70, 79 «J'étais en plein milieu, dans la poussiére de paille, de cinq heures du matin à une heure de l'aprés-midi, mort de soleil, et dessinant à la vitesse des hommss, dévorant les mouve- ments additionnés, si incorporé à cet ensemble délirant de bruit, de sensations et de mouve- ment que quand je m'arrétais, j'avais la sensation de tomber dans un trou... Le battage comprend aussi ces cris, ce tumulte, cette chaleur. D'ailleurs c'est ce tumulte que je voulais faire, ce brouhaha. Je voulais mettre de l'ordre dans un désordre absolu. Quel intérét y a-t-il à organiser une forme qui l'est déjà? Mais organiser un désordre, une multiplicité de formes, de couleurs et d'idées, c'est cela qui est passionnant. S'il n'y avait que désordre, il n'y aurait pas de toile, il n'y aurait pas d'oeuvre. Tout le probléme, c'est l'unité de l'oeuvre qui en fait la vitalité... C'est la conquéte de l'unité dans la multiplicité. La toile, il faut la saisir et la ressaisir constamment, parce qu'elle s'échappe toujours.» «J’ai besoin de rester des heures et des jours au milieu des plongeurs et moi-méme dans la mer, et moi-méme plongeant, et debout au pied du plongeoir à regarder un saut aprés l'autre, dans une vague aprés l'autre, j'ai besoin de m'imprégner du rythme entre les choses, de la complexité des formes. Et dans mes toiles je mettrai tout cela, tous les dessins à la fois, toutes les impressions d'oü les dessins sont nés. Ce n'est pas une synthése. C'est une démultiplication.» La quéte de la réalité, p. 173, 176 «Tout c2 que je veux, c'est créer un monde. Et chaque tableau est un monde en lui- même. Cela ne veut pas dire qu’il est fermé. Il s’ouvre. Tout dogmatisme le tue. Et toute affirmation perpétuelle de soi-méme. . . Il faut trouver la liberté de se laisser aller à toutes les tentatives, sans jamais se laisser retenir par rien. On pourra alors accéder à un autre visage, le visage de notre temps.» La quéte de la réalité, p. 154 COMITE D’HONNEUR M. Michel JOBERT, Ministre des Affaires Etrangeres M. Alain PEYREFITTE, Ministre des Affaires Culturelles et de l'Environnement M. Robert LUC, Ambassadeur de France au Luxembourg COMITE D’ORGANISATION M. Louis JOXE, Ambassadeur de France, Président de l'Association Frangaise d'Action Artistique M. Pierre LAURENT, Directeur General des Relations Culturelles, Scientifiques et Tech- niques au Ministere des Affaires Etrangeres M. Michel DENIEUL, Directeur du Cabinet du Ministre des Affaires Culturelles et de l’Environnement M. Louis DELAMARE, Chef des Services de la Diffusion et des Échanges Culturels au Ministère des Affaires Étrangères M. André BURGAUD, Chef du Service des Échanges Artistiques au Ministére des Affaires Étrangéres, Directeur de l'Association Frangaise d'Action Artistique M. Claude MENARD, Délégué Général aux Expositions et aux Échanges Culturels au Ministére des Affaires Culturelles M. Dominique BOZO, Conservateur au Musée National d'Art Moderne M. Jacques LASSAIGNE, Conservateur en Chef du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris M. Armand ROTH, Conseiller Culturel de l'Ambassade de France au Luxembourg M. Gaston DIEHL, Chef de la Section «Arts Plastiques» au Service des Echanges Artistiques du Ministére des Affaires Étrangéres COMMISSAIRE ARTISTIQUE M. Gaston DIEHL Ae * umi, TM 7 E OA ir m" gro t & _ EU a * ach DZ x km Lj ic 4 a DD Mu BOZEN e ur n et t5. N La toilette, 1939-1940 A ví ubi ncn - MEL Qi AEST SN BEY a a | = 2e gà A, A d Uo jj x Tuv ur cx NER eee n id A AF of un I c; p La colline brülée, 1953 L'homme à Penfant bleu, 1970 EDOUARD PIGNON UN MONUMENTAL ET PUISSANT TEMOIGNAGE HUMAIN Le nom de Pignon était venu à plusieurs reprises sous ma plume dans les colonnes de l’hebdomadaire «Marianne», en 1938, à l’occasion du Salon des Nouvelles Générations à la Galerie Billiet en avril, du Salon de l’Art Mural place de l’Opéra en juin, du Salon des Surindépendants à la Porte de Versailles en octobre ou des diverses manifestations de l’A.E.A.R. (Association des Écrivains et Artistes Révolutionnaires). Chaque fois sa parti- cipation m'avait paru une des plus convaincantes par son éloquence vigoureuse et j'aurais volontiers contresigné les éloges enthousiastes qu'André Lhote, avec son autorité familiére, lui décernait dans la «N.R.F.» en janvier 1939 ou lors de sa premiére exposition particuliére à la Galerie d'Anjou. Je ne connus vraiment l'homme que plus tard durant l'hiver 1941 oü j'allais lui rendre quelques visites à Boulogne-sur-Seine dans l'atelier, ó combien glacial je m'en souviens! de Lipchitz oü il s'était installé pour sauver les oeuvres, enterrées dans le jardinet, du sculp- teur réfugié à l'étranger. Il se révélait tel que je l'avais imaginé, plein d'allant et d'assurance, mais simple, cordial, direct, m'exposant son appréhension à accepter le contrat que lui proposaient tour à tour la Galerie Friedland, puis la Galerie de France, lui qui jusqu'alors n'avait presque jamais rien vendu durant prés d'une décennie d'activité picturale! Je l'associais, naturellement, à la série de manifestations que j’organisais à ce moment à la Galerie Berri-Raspail sous le titre «Les étapes du Nouvel Art Contemporain», pour témoigner, aprés la décisive démonstration en mai 1941 des «Vingt peintres de tradition française», que la continuité de notre peinture était assurée. en dépit des menaces formulées par les occupants nazis contre ce qu’ils appelaient «l’art dégénéré». Pignon fut même, je crois, le premier à signer le manifeste que je publiais en hommage à Picasso pour repousser les calomnieuses attaques dont celui-ci était l’objet de la part de certains milieux soi-disant francais. Les seigneurs de la guerre, 1967-1968 EDOUARD PIGNON CEUVRES DE 1936 A 1973 ché > € ws Ss p'uiston x em DU 16 MAI AU 16 JUIN 1974 MUSÉE D'HISTOIRE ET D'ART - LUXEMBOURG Téte de guerrier (rouge-vert), 1970 E R^ WR of Jr oh "a, Lo wn E 3 M d % Pis v La “of r4 Fr a #.